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Dialogue engagé avec le préfet, des revendications toujours fortes

Mobilisation / Tracteurs sur les routes, péages bloqués et grandes surfaces visées : les agriculteurs de l’Ain montrent leur détermination. Au sortir d’un entretien avec le préfet, ils maintiennent la pression sur la PAC, le Mercosur et la taxe MACF, refusant toute concession sur leurs lignes rouges.

Par Patricia Flochon
Dialogue engagé avec le préfet,  des revendications toujours fortes
©Patricia Flochon

A l’heure où des responsables de la FDSEA, des JA et chambre d’agriculture, étaient reçus par le préfet, Louis-Xavier Thirode, fraîchement nommé dans l’Ain (le 2 décembre dernier), tombait mercredi à 14 h 17 un communiqué du Ministère de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire annonçant, que « la France suspend l’introduction, l’importation et la mise sur le marché de végétaux traités avec des substances dangereuses pour la santé et interdites d’utilisation dans l’Union européenne ». Une suspension qui concerne différents fruits, légumes et céréales (bruts ou transformés), dans lesquels des résidus des substances concernées peuvent être présents à des niveaux trop élevés.

Une mesure qui vise, on peut l’imaginer, à calmer les tensions qui secouent le pays depuis quelques jours, nombreuses mobilisations à l’appui, à l’instar de celles organisées mercredi dernier. Dans l’Ain : opérations escargot sur routes et autoroutes A40 et A42, mobilisation aux péages, devant les grandes surfaces (Intermarché d’Ambérieu-en-Bugey, Leclerc de Bourg-en-Bresse, Carrefour Market de Saint-Denis-les-Bourg), avec près d’une soixantaine de tracteurs et plus de 150 agriculteurs venus manifester leur inquiétude et leur colère.

Mercosur et Pac, les lignes rouges à ne pas franchir

Vers 15 h 30 mercredi, au sortir de leur entretien avec le préfet, les représentants des organisations professionnelles agricoles organisaient un débrief devant les dizaines d’agriculteurs du réseau syndical mobilisés. Des nombreux sujets évoqués avec le représentant de l’Etat, il ressort que le nouveau préfet est très à l’écoute du monde agricole et prêt à agir pour préserver les intérêts de la profession. Accords de libre-échange entre le Mercosur et l’Union européenne, politique agricole commune, taxe MACF (Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières), prédation du loup, dermatose nodulaire contagieuse, gestion de l’eau… autant de sujets abordés et qui, même s’ils ont fait l’objet d’avancées, attendent encore des réponses.

« Concernant le Mercosur, le préfet a réaffirmé le fait que la France s’engageait à ne pas signer le traité dans sa forme actuelle. Reste la possibilité d’une saisine par plusieurs Etats membres pour un examen du texte devant le Parlement européen le 19 janvier. Notre position reste inchangée. On ne veut pas du Mercosur. Les mesures qui ont été proposées par le Premier ministre ces derniers jours ne nous conviennent pas, car ça ne s’applique ni à la viande ni au maïs notamment. Mais il ne faut pas baisser les bras », indiquera Jérôme Martin, secrétaire général de la FDSEA de l’Ain. Et d’ajouter à propos de la politique agricole commune : « Nous avons là aussi réaffirmé notre position : nous n’acceptons ni baisse du budget de la Pac, pas plus qu’une refonte des deux piliers de la Pac. Le Ministre de l’agriculture ira défendre cette position, on attend de voir ! ».

MACF : avancée apparente, refus catégorique de la profession

Une avancée cependant : le montant de la taxe MACF a été réduit. Avancée en apparence, qui ne satisfait pas pour autant la profession, et à juste titre. « Cette diminution de la taxation, on n’en veut pas. On veut sa suppression ! », martèle Jérôme Martin. « Nous n’accepterons pas de nouvelles contraintes tant qu’il n’y aura pas de solutions en face. Si pas de solutions proposées : pas de taxe ! Il faut maintenir la pression sur ces sujets ». Et Michel Joux, le président de la Chambre régionale d’agriculture, d’enfoncer le clou : « Si ça continue comme ça, on ne sera plus là demain. Il faut des lois et des règles qui soient à la hauteur de l’enjeu. Des règles de bon sens, pour que l’on puisse continuer à travailler. Il nous faut une vision, une ambition à long terme, pour installer des jeunes dans de bonnes conditions et qu’ils puissent gagner leur vie ».

Autre sujet d’inquiétude : les attaques de loups. Jonathan Janichon, président de la FDSEA, précise : « Le préfet nous a dit : « on va prioriser les agriculteurs par rapport au loup ». Nous avons demandé à ce que les indemnités versées aux élevages victimes d’attaques ne soient pas ponctionnées dans le budget de la Pac, ce qui représente 50 M€ ».

Le préfet s’est notamment engagé sur la tenue d’un « agenda agricole », avec une rencontre mensuelle avec la profession agricole. Et le président des Jeunes Agriculteurs, Justin Chatard, de conclure : « Le prochain rendez-vous avec le préfet est fixé au 21 janvier. On a un préfet à l’écoute. Maintenant il va falloir que cela se concrétise dans les actes. Nous avons beaucoup d’autres sujets à travailler dans les semaines à venir avec lui. Il est important de continuer à se mobiliser ! ».

Patricia Flochon