NUCLEAIRE
Projet d’EPR2 : Roland Lescure prend le pouls du territoire

Patricia Flochon
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Roland Lescure, ministre délégué chargé de l’industrie et de l’énergie était en déplacement dans l’Ain lundi. Au programme : visite de la centrale nucléaire du Bugey et confirmation du projet de construction d’une paire de réacteurs de type EPR2 sur la commune de Loyettes.

Projet d’EPR2 : Roland Lescure prend le pouls du territoire
Visite et temps d’échange avec les salariés de la centrale. ©PF

Pour atteindre la décarbonation du système énergétique à l’horizon 2050, la stratégie nationale bas carbone (SNBC) actuellement en vigueur prévoit à la fois une diminution de 40 % des consommations d’énergie du pays, et une sortie des énergies fossiles. L’atteinte de ces objectifs passera par une électrification massive des usages (substitution des énergies émettrices de CO2 par de l’électricité), s’appuyant sur une production d’électricité bas carbone et sur le développement de nouvelles filières pour les usages ne pouvant être électrifiés à l’exemple des transports lourds. En visite ce lundi 19 février à la centrale nucléaire du Bugey, située sur la commune de Saint-Vulbas, Roland Lescure, ministre délégué chargé de l’industrie et de l’énergie, a relayé un constat sans appel : « Nous avons besoin du nucléaire pour assurer l’avenir énergétique de la France. Et nous avons besoin de tout le monde. La guerre des religions, c’est terminé. Il va falloir investir et de manière ambitieuse. L’industrie a besoin d’électricité décarbonée et pas chère. »

La commune de Loyettes retenue pour l’implantation de la future paire d’EPR2

C’est officiel, la centrale du Bugey verra l’implantation de deux réacteurs de troisième génération (EPR2). La décision, qui remonte au 19 juillet 2023, prise par le Conseil de politique nucléaire présidé par Emmanuel Macron, a été réaffirmée Par Roland Lescure. Présenté lundi par Gabriel Oblin, directeur de projet EPR2 chez EDF, le site retenu est situé sur la commune de Loyettes, le long du Rhône. Parmi les atouts mis en avant par Gabriel Oblin : « une localisation géographique stratégique sur le réseau de transport d’électricité, un environnement industriel riche en infrastructures et entreprises de la filière », ainsi que « l’engagement du territoire autour du projet. » Les acquisitions foncières (qui concernent un terrain choisi pour l’implantation d’une surface d’environ 220 ha) sont en cours de finalisation en lien avec la Safer et les services de l’Etat. Et Gabriel Oblin de préciser : « Le Scot qui prépare l’arrivée du projet EPR2 a déjà été modifié et le PLU de Loyettes est en cours. La particularité technique de ce site, c’est son sol, composé principalement d’argile qu’il faudra retirer et remplacer par des alluvions extraits sur place ou des graviers, pour recréer des conditions favorables à l’implantation. » 

Le planning prévisionnel du projet prévoit un début des travaux préparatoires à l’été 2027 qui se poursuivront jusqu’en 2033/2034 (premier béton de l’îlot nucléaire). La construction devant se poursuivre jusqu’en 2040-2045 et mise en service des deux réacteurs dans la foulée. Une implantation qui va booster le développement économique du territoire, générant plus de 7 900 emplois en 2035, dont 3 200 pour le génie civil. 

Gilles Brenon, vice-président de la Chambre d’agriculture interpelle le ministre

Agriculteur à Saint-Martin-du-Mont et vice-président de la Chambre d’agriculture de l’Ain, Gilles Brenon n’a pas manqué de saisir l’occasion de ce déplacement pour faire part au ministre délégué des préoccupations de la profession agricole. En premier lieu, la consommation du foncier agricole. « On nous explique que le site retenu est situé sur des carrières. Sauf que ces carrières, qui représentent environ 120 ha, ont été vendues à EDF ; la conséquence étant que le carrier se réimplante de l’autre côté de la route et qu’il a le projet de s’étendre, impactant plusieurs exploitants agricoles. Au total ce sont près de 150 ha qui sont perdus pour la profession agricole (centrale + carrière, NDLR). » Deuxième dossier, qui agite la profession depuis des années : la requalification du nom de centrale du Bugey, qui fait tord à l’image de la filière viticole AOP vins du Bugey. « C’est un sujet qui nous tient particulièrement à cœur », rappelle l’élu Chambre d’agriculture. Faute de n’avoir pas encore pu faire « débaptiser » le site actuel, Gilles Brenon, en appelle à ne pas utiliser dans le cadre du projet EPR2 le nom de la région Bugey. Les producteurs ne voulant plus d’une centrale qui porte le nom de leur vin. Réponse succincte du ministre : « On est dans la logique de consultation publique. Il faut que le débat ait lieu et qu’on en parle avec l’exploitant. » Troisième sujet : la production d’énergies renouvelables. Et Gilles Brenon de présenter à Roland Lescure la SEM LEA (Les énergies de l’Ain), outil dédié à la mise en œuvre de la transition écologique et énergétique dans l’Ain, ainsi que la société AGRILEA créée dans le but de maîtriser le développement du photovoltaïque. « Madame la préfète m’a dit que vous étiez bien organisés. Ça m’intéresse ! », commentera le ministre. Pour Gilles Brenon, la sortie des décrets d’application sur l’accélération de la production d’énergies renouvelables peinent à sortir : « on attend les décrets de pied ferme ».