COOPÉRATIVES
La Coopération agricole veut mettre fin à la spirale déflationniste

Le président de la Coopération agricole, Dominique Chargé, avait convié la presse, le 29 septembre, à faire un tour d’horizon sur les sujets de rentrée. Entre hausse des prix, manque de main-d’œuvre et future loi Egalim, la Coopération veut retrouver des marges financières.

La Coopération agricole veut mettre fin à la spirale déflationniste
Dominique Chargé, président de la Coopération agricole.

« Restaurer la souveraineté alimentaire en France et au sein de l’Union européenne passera par le chemin d’une croissance responsable ». Tel est le message que le président de la Coopération agricole, Dominique Chargé a voulu passer lors d’une conférence de presse de rentrée, le 29 septembre. Il faut pour cela que plusieurs conditions soient remplies. L’une des premières est que les coopératives retrouvent des marges suffisantes pour investir plus dans la transition écologique qui va réclamer des moyens importants. « Pour la seule décarbonation, nous avons estimé les besoins à 9 milliards d’euros par an », a-t-il précisé. Or, le taux de marge des industries alimentaires et des coopératives se réduit comme une peau de chagrin. Elles étaient de 53 % en 1990 et n’atteignent que 38 % aujourd’hui. « Cette situation de pincement des marges fait que nous parvenons tout juste à investir pour maintenir nos équipements à flot », a-t-il ajouté. Comme l’agriculture s’inscrit dans un temps long, le président des coopérateurs souhaiterait que l’État soutienne l’effort d’investissement sur le long terme. C’est pourquoi, Dominique Chargé plaide pour la mise en place d’un Fonds de transition agroécologique et de décarbonation (lire encadré).

« Quelques centimes »

Retrouver des capacités d’investissement passe également par « mettre un terme à la guerre des prix et à la spirale déflationniste » qui s’autoalimente. « C’est une guerre des prix destructrice pour l’ensemble de la chaîne », souligne la Coopération agricole qui souhaite vendre aux enseignes ses produits 5 % à 10 % plus cher que l’an dernier, « afin de mieux rémunérer tous les acteurs, à commencer par les agriculteurs. Parce que ça commence par le respect des tarifs des producteurs », a dit Dominique Chargé. Or ces derniers, comme l’ensemble de la chaîne alimentaire, ont fait face à une hausse importante des matières premières : + 40 % à 50 % pour les matériaux de construction (acier, bois…) ; + 50 % à + 80 % pour les cartons et matières plastiques ; +70 % à +80 % pour le pétrole, le gaz et l’électricité. Quant au fret, il a vu ses prix presque tripler passant de 2 500 euros à environ 6 000 euros la location du container. Toutes ces hausses, dont une partie est imputable à la reprise économique en Chine, ont pesé sur les coûts de production. « Certes la loi ne peut pas tout, mais il doit y avoir une responsabilité collective tout le long de la chaîne. Le comportement des acteurs doit changer », a asséné Dominique Chargé, pointant du doigt les marges des grandes surfaces depuis la pandémie de la Covid-19. Il aurait d’ailleurs aimé voir la couleur, dans les cours de ferme, « des 600 millions d’euros du seuil de revente à perte (SRP) ». Autrement dit, la hausse de prix demandée par la Coopération agricole « ne représente en bout de chaîne, pour le consommateur, que quelques centimes de plus sur une bouteille de lait », a-t-il chiffré.

Christophe Soulard

Le manque de main-d’œuvre se confirme

Ce sont environ 40 000 emplois qui sont à pourvoir au sein de la filière agroalimentaire, selon Dominique Chargé, président de la Coopération agricole, soit « deux fois plus qu’avant la crise ». Environ 16 000 postes sont inoccupés dans la filière coopérative. Les régions les plus impactées sont l’Ouest de la France, notamment la Bretagne et les Pays de la Loire. Les fonctions et métiers principalement en tension, sont les agents techniques de maintenance, les chauffeurs de camions pour la collecte, l’approvisionnement et la distribution. « Nous manquons aussi d’opérateurs de ligne ». Ce manque de bras serait, selon Dominique Chargé, « consécutif à un déficit d’image des métiers agroalimentaires et une mauvaise adéquation entre les formations et les compétences recherchées » par les entreprises.

Investir pour le futur

Souhaitant que le plan d’investissement France 2030 soit le « bras armé de la souveraineté alimentaire » et de cette « reconquête », la Coopération agricole souhaite que les futurs gouvernements développent une chaîne alimentaire de précision en portant l’effort dans trois domaines :

- La génétique et le biocontrôle, avec la finalité d’adapter les cultures au changement climatique, de réduire les intrants et de trouver des alternatives au chimique,

- Le numérique, pour garantir, grâce à la blockchain, la traçabilité du produit en créant de la valeur ajoutée autour de l’utilisation des données numériques (data),

- La robotique « qui permettrait de compenser le déficit de main-d’œuvre », a souligné Dominique Chargé. Ce domaine permettrait aussi de développer la précision de l’agriculture et de l’agroalimentaire.