Volailles fermières de l’Ain : un modèle porteur d’avenir
Aviculture / Dans un contexte de renouvellement des générations, la filière volailles fermières de l’Ain affiche des atouts solides. Organisation collective, débouchés sécurisés, investissements maîtrisés : le parcours de Laurie Hayez montre que cette production peut encore séduire et accompagner de nouvelles installations.
Dans la cour de l’exploitation – l’Earl Ferme les Huttins, à Villette-sur-Ain – les bâtiments d’élevage s’intègrent parfaitement au paysage. Les volailles de chair évoluent lentement, dans le respect d’un cahier des charges exigeant. Ici, pas de course au volume. « Le Label Rouge, c’est un choix assumé », affirme Laurie Hayez, éleveuse de volailles fermières de l’Ain. Un choix économique, mais aussi un engagement professionnel et personnel.
Installée dans une production de volailles de chair sous Label Rouge, Laurie Hayez incarne une génération d’éleveurs qui croit encore au collectif, à la valeur ajoutée et à la reconnaissance du travail bien fait. « C’est une production qui a du sens », résume-t-elle.
Installée en novembre 2017 avec son conjoint, Romain Gibot, sur l’exploitation familiale, elle cultive maïs, tournesol, blé, orge et colza, sur une SAU de 220 ha. Son père, Gérard, a pris sa retraite en 2019. Il arrête alors la production de céréales, mais continuera à élever des volailles pendant encore quatre ans. Début 2024, Laurie Hayez reprend les deux bâtiments, pour une production annuelle de quelque 30 000 volailles fermières de l’Ain Label Rouge : des poulets cou nu blanc, cou nu jaune, et emplumé blanc. Elle envisage de se lancer dans la productions de volailles fines en fin d’année 2026 (chapons et poulardes).
Des débouchés économiques et une demande soutenue
Sur le plan économique, la filière affiche des fondamentaux solides. La demande reste soutenue et la notoriété du Label Rouge constitue un véritable atout commercial. « On travaille avec des prix qui sont construits, contractualisés, et qui intègrent nos coûts de production », explique l’éleveuse. Un cadre sécurisant, même si la vigilance reste permanente.
Comme partout en agriculture, les charges ont augmenté ces dernières années : alimentation animale, énergie, matériaux. « Mais la filière a su s’adapter », souligne Nelly Chanel, responsable administrative du syndicat des volailles fermières de l’Ain. « Le dialogue est constant pour maintenir l’équilibre économique des élevages. Pour compenser la hausse des charges, importantes depuis 2022, une revalorisation du prix de reprise de nos poulets a été actée en 2025 à hauteur de 45 € la tonne de vif ». Une force collective qui permet d’anticiper plutôt que de subir.
Le modèle repose aussi sur des investissements mesurés. Les bâtiments, dimensionnés à taille humaine, représentent un coût conséquent, mais compatible avec une installation progressive.
Le travail quotidien est exigeant, mais organisé. « C’est une production qui demande de la présence, de l’observation, mais qui laisse aussi du temps. Une production intéressante en termes d’organisation et de souplesse de travail », confie l’éleveuse. Une donnée essentielle pour l’attractivité du métier. « On peut avoir une qualité de vie, à condition d’être bien accompagné. L’avantage, c’est que tout est géré par le syndicat, des plannings, jusqu’à la commercialisation aux abattoirs, en passant par le suivi sanitaire. »
Cet accompagnement, Laurie Hayez l’a trouvé dans la filière et au sein de sa famille. Son père, Gérard, l’a épaulée dans ses choix, notamment lors de l’installation. La transmission est un vrai sujet. Ce modèle-là se prête bien à l’installation de jeunes ou de porteurs de projets, y compris hors cadre familial.
Renouveler les générations, un enjeu stratégique
Pour le syndicat, l’enjeu est clair : renouveler les générations. « Nous avons besoin de nouveaux éleveurs », affirme Nelly Chanel. « La filière Label Rouge a des débouchés, des outils, et un savoir-faire reconnu. » Encore faut-il oser franchir le pas.
Sur le terrain, l’installation de Laurie Hayez démontre que le modèle tient. Elle insiste aussi sur la fierté du métier. « Produire une volaille fermière Label Rouge, c’est produire de la qualité tout en diversifiant son revenu. Je suis entièrement satisfaite aujourd’hui. Mon père a fait de la volaille pendant 30 ans. Si ça n’avait pas été intéressant économiquement, il aurait arrêté depuis longtemps. »
À l’heure où la filière cherche à consolider ses volumes et à préparer l’avenir, les messages se veulent résolument positifs. « Les outils existent, les débouchés aussi », conclut Nelly Chanel. « Une production particulièrement intéressante en atelier complémentaire à de la culture de céréales ou l’élevage de bovins allaitants. »
Dans l’Ain, la volaille fermière reste plus que jamais une production d’avenir, à condition de continuer à la faire vivre… et à la transmettre.
Toutes les infos à retrouver sur le site du syndicat des volailles fermières de l’Ain : https ://www.volailles-fermieres-ain.fr/
Patricia Flochon