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SPIRULINE

Il se passionne pour la spiruline

La spiruline, qui doit son nom à sa forme en spirale, est une algue microscopique reconnue pour ses vertus à la santé. Un peu partout en France, ils sont de plus en plus nombreux à se lancer dans cette production.
Il se passionne pour la spiruline

Jean Bazinet est le seul producteur de spiruline dans le Rhône, mais d'autres projets d'installation devraient se concrétiser prochainement. Comme la majorité des spiruliniers, il s'est lancé dans cette production dans le cadre d'une reconversion professionnelle. Auparavant, il travaillait dans une entreprise de prestations informatiques à Lyon. Il a entendu parler de la spiruline par un producteur qui lui a montré sa façon de travailler. « Cela m'a bien plu », dit-il, de même que « le côté naturel du produit, l'idée de faire visiter l'exploitation, de rencontrer des gens intéressés par la spiruline. »
Jean Bazinet et son épouse ont commencé par rechercher et acheter une maison avec un terrain agricole dans les monts du Lyonnais. Après de nombreuses visites, ils ont trouvé en juillet 2015 ce qui leur convenait à Aveize, en pleine nature. En 2016, une fois installé à 600 mètres d'altitude en zone de forte pente, Jean Bazinet a fait des essais de spiruline dans un petit bassin de 40 m2. Il a suivi deux formations proposées par la fédération des spiruliniers de France afin d'acquérir des connaissances théoriques et pratiques grâce aux visites d'exploitations et aux stages. En 2017, il a construit deux grandes serres abritant chacune deux bassins de production, soit 380 m2 au total.

Depuis son installation dans les monts du Lyonnais, Jean Bazinet apprécie de faire visiter ses serres de culture de spiruline.

À récolter dès l'aube

La température optimale de développement de la spiruline étant de 37°C, il convient de récréer ces conditions sous serre et dans des bassins peu profonds (10 à 12 cm). L'eau est régulièrement brassée pour reproduire l'agitation naturelle notamment liée au vent. Les serres protègent aussi les bassins de ce que le vent peut transporter (feuilles, herbes, pailles, insectes, etc). La quantité de protéines dans la spiruline est la plus élevée au début de la période lumineuse, d'où l'intérêt de la récolter dès l'aube.
La récolte peut se faire de plusieurs façons, le principe étant de mettre le maximum de spiruline avec le minimum d'eau sur la table de filtration. Jean Bazinet a choisi l'écrémage qui consiste à « concentrer la couche de spiruline remontée à la surface pendant la nuit, puis à ramasser manuellement cette couche. Une fois que l'eau s'est écoulée, la spiruline apparaît comme de la crème de couleur verte. C'est la biomasse qui contient 90 % d'eau ». Pour enlever toute cette eau, il faut presser de façon mécanique en utilisant la force d'un poids sur un levier.
Après cette étape du pressage, « on obtient une pâte verte ressemblant un peu à de la pâte à modeler, poursuit Jean Bazinet. C'est la spiruline fraîche qui est consommable, mais elle se dégrade très rapidement. En utilisant un poussoir à saucisses, la spiruline fraîche est mise en forme de spaghettis sur des clayettes. Cette opération permet de finir d'évacuer l'eau pour arriver à un produit sec. Ensuite, le temps de séchage varie entre cinq et sept heures. C'est l'étape primordiale pour avoir une spiruline de qualité ».

 

En utilisant un poussoir à saucisses, la spiruline fraîche est mise en forme de spaghettis sur des clayettes.La température optimale de développement de la spiruline est de 37°C, il convient de récréer ces conditions sous serre et dans des bassins peu profonds.

Pas un seul modèle de production

Jean Bazinet a conçu un séchoir avec deux modes de fonctionnement. Le premier est solaire : l'air chaud et sec est pris en haut de la serre, puis filtré et envoyé sur les clayettes où il se charge d'humidité, avant de ressortir par le haut du séchoir. Quant au deuxième mode de séchage, la circulation de l'air se fait en circuit fermé en passant par un déshumidificateur. Une fois bien sèche, la spiruline est enlevée des clayettes et versée dans un tissu. Elle reste sous forme de plaques qui sont broyées manuellement pour obtenir des brindilles ou des paillettes. Elle est commercialisée en boîte ou en sachet de 100 g correspondant à une cure d'un mois. Jean Bazinet s'est fixé comme objectif de produire, en vitesse de croisière, 300 kg par saison entre mi-avril et mi-octobre, la spiruline étant sensible au gel en hiver. Jusqu'à présent, il vend sa production localement : soit directement sur l'exploitation, dans une épicerie et un magasin de producteurs, par le réseau Biocoop et lors d'un Salon dédié au bien-être. En dehors des grands principes à respecter sur le plan technique, « il n'y a pas une vérité, ni un seul modèle de production, mais chacun adapte son système en fonction des conditions, de sa sensibilité, de son parcours », estime Jean Bazinet, attaché au partage de savoir-faire et d'expérience professionnelle entre spiruliniers. « Chaque producteur est une mine de renseignements ». Depuis son installation, il apprécie également de faire visiter son exploitation en période de production pour montrer son mode de culture, la fabrication de la spiruline, sans oublier de parler naturellement des bienfaits de cette algue verte sur l'organisme humain.

Colette Boucher
Visite de l'exploitation à Aveize : du lundi au samedi de 15h30 à 18h sur rendez-vous
(tél. 06 08 98 61 03).
Visite gratuite organisée une fois par mois à l'initiative de l'office de tourisme des monts du Lyonnais.
Renseignements au 04 78 48 64 32.
Pour en savoir plus : www.spiruphile.fr.

 

EN BREF /


Les vertus de la spiruline


La spiruline contient toutes les vitamines (sauf la vitamine C) ainsi que trois pigments, à savoir la chlorophylle, la phycocyanine (particulièrement appréciée par les sportifs) et le bêta-carotène. Elle est très riche en protéines dont la quantité varie de 55 à 70 % selon les souches et les conditions de culture. Elle est composée de 15 à 25 % de glucides et de 6 à 10 % de lipides. C’est une bonne source en sels minéraux, oligo-éléments (notamment le fer pour lutter contre l’anémie) et acide gamma linoléique qui agit contre l’inflammation.


Une algue d’origine africaine


La spiruline se développe de façon naturelle dans des lacs salés et très alcalins en zone intertropicale où elle trouve chaleur et lumière. Dans la région du Tchad où vivent les Kanembous, les femmes récoltent une sorte de bouillie verte qui pousse spontanément à la surface des plans d’eau fréquentés par les flamants roses. Une fois séchée en galette dans le sable, la spiruline est vendue sur les marchés locaux ou bien consommée en accompagnement de la nourriture traditionnelle. Dans les années 1960, Jean Léonard, botaniste belge en expédition au Sahara, a rapporté un échantillon de galette verte séchée, acquise sur un marché au Tchad. L’analyse de cette algue africaine a confirmé qu’il s’agissait bien de spiruline. Sur le territoire français, l’histoire de la spiruline est liée plus particulièrement au Languedoc où la culture artisanale a été mise au point en laboratoire par l’Américain Ripley Fox, docteur en microbiologie installé en France. Ses travaux de recherche ont une vocation humanitaire : ils visent à proposer des moyens simples et bon marché pour cultiver la spiruline dans les pays en voie de développement et trouver ainsi une solution contre la malnutrition.


La fédération des spiruliniers


Créée en 2009 et siégeant dans l’Hérault, la fédération des spiruliniers de France compte 150 adhérents, majoritairement dans le Sud-Est. Elle agit en faveur du partage des connaissances sur la culture de spiruline, les données économiques, la commercialisation, la législation, etc. Elle propose des modules de formations sur différentes thématiques en s’appuyant sur des témoignages de spiruliniers et des visites d’exploitations. Les producteurs installés depuis plusieurs années ont acquis des connaissances spécifiques qu’ils peuvent transmettre aux porteurs de projet. La fédération des spiruliniers apporte également son soutien à des actions solidaires et humanitaires, à l’instar de la construction d’une cantine au Burkina-Faso.

Pour en savoir plus : www.spiruliniersdefrance.fr