Élevage
Vers un renouveau de la laine française

Réunis le 16 mai au ministère de l’Agriculture à Paris, les acteurs de la filière laine ont présenté leur feuille de route pour 2030. Objectif : valoriser au moins la moitié des 10 000 tonnes de toisons qui, chaque année et pour la plupart, dépérissent dans les recoins de certaines fermes. 

Vers un renouveau de la laine française
En France, la Nouvelle-Aquitaine (3 018 tonnes) est la première région productrice de laine, devant l’Occitanie (2 238 t) et Auvergne-Rhône-Alpes (1 159 t). ©iStock-KiraVolkov. ©iStock-KiraVolkov

À la suite du rapport du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER)* publié à l’été 2023, le collectif Tricolor a décidé de coordonner l’écriture d’une feuille de route pour remettre la filière laine sur les rails. Car le potentiel existe selon Pascal Denizart, directeur du Centre européen des textiles innovants (CETI). Les débouchés de la laine sont nombreux : protection de cultures (paillage), construction (isolation), ameublement, médical (bandes compresses), emballage et naturellement habillement pour les fibres les plus fines comme celles du mérinos. Les 10 000 tonnes françaises pourraient aisément se répartir dans ces différents domaines. Des équipes de recherche travaillent également sur des géotissus fixateurs de dune afin de maintenir le trait de côte. Le marché potentiel à l’horizon 2040 pourrait être de 430 millions d’euros et grimper jusqu’à 705 M€ si l’on inclut les 2 000 tonnes de fibres kératiniques que l’on pourrait tirer des suints. Les éleveurs pourraient retirer collectivement 8,3 M€ de revenus.

Bien-être animal

Mais avant d’en arriver à ce stade, il conviendra de franchir de nombreux obstacles, en particulier structurer la filière et lever quelques verrous réglementaires et sanitaires. Le collectif Tricolor a ainsi saisi l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) pour qu’elle réalise une évaluation des risques sanitaires et environnementaux de l'utilisation comme fertilisant de la laine de mouton brute. Elle s’est rapprochée de l’Agence de la Transition écologique (Ademe) et du centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) pour « coordonner des travaux de recherche permettant de qualifier la laine de mouton française comme isolant et de développer des procédés de fabrication ». Aujourd’hui, la valorisation de la laine et des peaux lainées (ces dernières ont perdu la moitié de leur valeur) coûte « 30 % à 40 % plus cher que la concurrence », a expliqué Laurent Brunas, PDG de la Manufacture Regain qui se dit prêt à faire « monter la laine française en gamme ». En plus de structurer la filière et de former les éleveurs pour qu’ils produisent une laine de qualité, il faudra également« être attentif aux enjeux sociétaux, en particulier le bien-être animal », a prévenu Gilles Detiège, PDG de Natural Fiber Production.

Christophe Soulard 

(*) Le rapport du CGAAER est disponible à l’adresse suivante : https://agriculture.gouv.fr/la-valorisation-de-la-laine-et-des-peaux-lainees