Publié le 17/12/2019 à 06:00 / Yolande CARRON

FINANCEMENT

Pour financer son investissement en matériels, l’agriculteur n’a que l’embarra du choix et la location fait partie de cette panoplie d’offres de crédit.

La location longue durée des matériels, bien lire le contrat

Avec la baisse des taux, emprunter pour financer son investissement coûte de moins en moins cher. En prêt classique, par exemple, sur 5 ans, les taux sont actuellement inférieurs à 1 %, 0,95 % en début d'année et les offres de crédit sont pléthores auprès des différents organismes bancaires. Rien qu'au Crédit agricole, la formule Agilor regroupe plus de deux cents variantes. L'une d'entre elle, le crédit-bail, encore appelé « Crédit-leasing » séduit de plus en plus d'agriculteurs pour peu que l'investissement soit important, généralement plus de 50000 euros, à ne pas confondre cependant avec la location financière d'un matériel.

La location financière : louer son tracteur comme un utilitaire ou une voiture

La location financière d'un matériel est identique à la location d'une voiture plus connue du grand public ou des entreprises. L'agriculteur loue son équipement, tracteur ou moissonneuse-batteuse par l'intermédiaire de sa banque ou de la branche financière des constructeurs, voire au concessionnaire directement qui le met lui-même à disposition sur ses propres deniers. La location est déterminée pour un terme et pour un temps d'utilisation. À la fin de la période, le matériel est restitué et il doit correspondre à l'état prédéfini en début de contrat. Attention aux frais de remise en état qui peuvent être facturés à la sortie de la location si les conditions d'utilisation ne sont pas respectées : état de la carrosserie, usure excessive des pneus, dépassement des heures..., dans ces situations, la facture peu vite s'alourdir. Si la formule convient à l'agriculteur, elle lui permet d'utiliser des tracteurs toujours récents et le montant de la location mensuelle est passé directement en charge d'exploitation. En fin de carrière, l'agriculteur peut aussi avoir intérêt à utiliser cette formule afin de ne pas augmenter la valeur de la transmission de son exploitation dans la mesure où les matériels financés par cette formule n'apparaissent pas à l'actif du bilan.

Le crédit-bail, un moyen d'acquérir progressivement son équipement

Le crédit-bail se distingue de la location financière par la possibilité de racheter son bien en fin de période. L'acquéreur détermine avec la banque ou le concessionnaire porteur du dossier de financement la durée et la valeur de rachat (VR) en fin de période. Généralement cette valeur est comprise entre 1 et 5 %. Pour un investissement de 100000 euros par exemple, l'agriculteur rachètera son bien en fin de crédit-bail 1000 ou 5000 euros, selon ce qui a été déterminé à la signature. Dans presque tous les cas le matériel est racheté par l'utilisateur. Le crédit-bail peut être conclu pour une période très courte, trois ans minimum ou aller jusqu'à cinq, voire sept ans, ce qui permet de moduler le temps de remboursement et ainsi les charges que l'on souhaite passer en fin d'année. Le taux de crédit est généralement un peu supérieur au simple prêt matériel. Attention tout de même, le crédit-bail s'amortit fiscalement au prorata du temps. Pas question par exemple de passer en charge une annuité complète pour un bien qui aurait été livré en milieu ou en fin d'année...

La valeur résiduelle à bien prendre en compte à la sortie du crédit-bail

Avec la concurrence très forte à laquelle se livrent les différentes marques sur le terrain, il peut arriver que des propositions commerciales affichent des valeurs résiduelles bien supérieures aux 1 ou 5 % habituels, jusqu'à plus de 30 % quelques fois. Le problème, est qu'en fin de crédit-bail, la valeur résiduelle du bien peut être largement supérieure à la valeur de marché de celle d'un même modèle d'occasion. L'agriculteur n'aura alors pas d'autre choix que de le racheter par un crédit classique, sinon de payer la différence à son concessionnaire entre la VR et la valeur de reprise proposée. Jean-Baptiste Moutin, concessionnaire New Holland dans le Sud Isère a déjà été confronté à cette situation : « Il nous arrive quelques fois, sur des affaires difficiles, de voir qu'un concurrent vend un montant d'annuité à l'agriculteur pour faire passer son modèle, sauf que dans notre proposition, le client rachetait son tracteur à 1 % de sa valeur neuve en fin de crédit-bail alors que pour la proposition concurrente, l'agriculteur devait encore débourser 30000 € de valeur résiduelle...». La formule location présente de nombreux avantages comptables, comme amortir plus vite un bien et créer des charges en cas de fiscalisation importante. Il permet aussi de ne payer la TVA que sur le montant de la location, mais attention, en cas de difficultés de paiement, il sera moins facile de négocier des aménagements de règlements avec l'organisme financier d'un constructeur ou des cellules location des banques, généralement centralisées en région parisienne, que d'aller voir son interlocuteur habituel dans sa caisse locale. En cas de défaillance, les procédures peuvent être rapides et brutales et aller jusqu'à la saisie du matériel. Dans ce cas extrême, l'agriculteur aura payé quelques années un bien, sans pouvoir profiter des conditions avantageuses du rachat de la VR.

Roland Saint Thomas
Mots clés : TRACTEURS