Publié le 31/10/2019 à 06:00 / Yolande CARRON

Le Comté fait son grand retour dans le Valromey

Le 16 octobre 2019 restera une date importante à plusieurs égards dans le Valromey.

« L’élixir d’un territoire dont  la fruitière est l’alambic »

Le 16 octobre 2019 restera une date importante à plusieurs égards dans le Valromey. Elle marque la pose de la première pierre de la future fruitière à Comté d'Arvière-en-Valromey(1), qui devrait ouvrir d'ici un an.
L'aboutissement de deux ans et demi de travail de la part de 28 éleveurs laitiers de 14 fermes de la communauté de communes de Bugey Sud, qui, décide à s'associer pour reprendre leur avenir en main, ont trouvé le soutien de l'ensemble des décideurs locaux pour faire émerger ce projet fédérateur et original.
Fédérateur d'abord parce qu'il marque le grand retour de cet emblématique fromage AOP dans ce coin du Bugey, au pied du Colombier, où chaque village (ou presque) disposait jusqu'à il y a une trentaine d'années, de sa coopérative fromagère. « En 1991, à Ruffieu, avait lieu la dernière coulée de Comté du Valromey. Ce territoire perdait ainsi une part importante de son identité, puisque le Comté fait partie intégrante de l'ADN de cette vallée », résumait Jérôme Berthier, président de la coopérative.
« L'agriculture intensive d'avant-guerre avait fini par avoir raison de cette dernière fruitière à la fois vestige et témoin du travail de nos grand pères et arrières grand pères... Ceux-ci avaient succombé aux sirènes de l'agriculture moderne qui promettait prospérité et facilité à ceux qui n'avaient fait que trimer pour survivre. Mais ces sirènes se sont avérées n'être que des chimères... »

Plusieurs générations d'agriculteurs en bénéficieront

Jérôme Berthier, président de la coopérative. « Nous arrivons au terme d’un long chemin qui ramènera le Valromey dans le giron du Comté. »

 

Ce nouvel outil de collecte et transformation du lait s'inscrira dans la durée et servira plusieurs générations d'éleveurs, qui pourront ainsi mieux valoriser leur travail, retrouver le sens du métier en contribuant à la fabrication d'un produit de très haute qualité, tout en apportant un dynamisme économique et une attractivité supplémentaires à ces communes rurales.
« Le temps de la reprise en main de notre métier, de notre avenir et de nos outils de production est venu, sous l'impulsion de consommateurs qui exigent plus de justice sociale, d'équité, d'écologie et de durabilité à travers ses achats », se félicitait Jérôme Berthier.
Quoi de plus adapté que ce fromage AOP au cahier des charges garant de la juste rémunération des tous les maillons de la filière, de paysages préservés et de pratiques d'élevage irréprochables ?

La première création de fruitière

Original ensuite. Pour mener à bien ce projet, il aura fallu le feu vert du CIGC ; organisme interprofessionnel gestionnaire de l'AOP. Le convaincre d'autoriser pour la première fois depuis l'obtention de l'appellation, une nouvelle fruitière ! Accord obtenu sans trop de difficultés, eu égard à la qualité du dossier et à la relative sous production dont pâtit la filière.
L'organisme distributeur des fameuses « plaques vertes », garantes du vrai Comté, autorise la fruitière à produire 300 tonnes de la fameuse pâte pressée cuite par an. Soit 3 millions des 4,5 millions de litres produits par les 14 exploitations. Le dernier tiers de la collecte sera transformé en autres fromages : raclette, tomme...
Les meules seront affinées localement, dans les caves de Seignemartin, à
Nantua.
L'investissement avoisine les 6 millions d'euros. Les financeurs publics (voir par ailleurs) abonderont à hauteur de
1,7 millions.
Les premières coulées sont prévues pour l'automne 2020.
Ainsi, comme l'exprimait avec lyrisme l'heureux président de la coopérative, le Valromey à travers ce projet collectif pourra à nouveau s'enivrer de son « de cet élixir dont la fruitière est l'alambic. »

Etienne Grosjean

1 : La commune d'Arvière-en-Valromey est une commune nouvelle qui regroupe Brénaz, Chavornay, Lochieu et Virieu-le-Petit.

 

31% de financements publics
Investissement global : 5,6 millions d’euros
Feader (Europe) : 300 000 euros
État – FNADT commissariat de Massif du Jura : 250 000 euros
Région : 690 000 euros
Département : 275 000 euros
Communauté de communes
Bugey Sud : 200 000 euros.
A noter que la commune, qui ne pouvait céder gratuitement le terrain, amènera gratuitement l’eau jusqu’au bâtiment.
La chambre d’agriculture de l’Ain s’est mobilisée pour aider au montage des dossiers et aux études préalables.

 

Ils ont dit

Annie Meuriau / 
Maire de Virieu-le-Petit

 


• « Cette fruitière va donner un nouveau souffle à nos agriculteurs et notre territoire. Elle permettra d’ajouter de la valeur ajoutée pour assurer la survie de nos exploitations (…) Elle symbolise une nouvelle façon de faire de l’agriculture. »
Norbert Jaravel
Vice-président de la chambre d’agriculture et président de la FDCL (Fédération départementale des coopératives laitières)
• « Sur ce projet, le collectif fait une nouvelle fois preuve de sa force »
« Cette fruitière répond à une volonté de réappropriation de la gouvernance par les agriculteurs (…) Elle facilitera la transmission des exploitations »
Alain Mathieu
Président du CIGC

 

 

• « Le Comté implique les notions du collectif et du temps. Ce que vous faites s’appréhende sur la durée. »
• « Le Comté, c’est plus qu’un fromage. C’est aussi un territoire, un volet social (avec 14 000 emplois) et un environnement préservé. C’est à la fois un bien commun de nos territoires et un héritage à transmettre. »
Philippe Emin
Conseiller départemental du canton d’Hauteville-Lompnès
• « Ces agriculteurs nous ont bluffés. Ils ont choisi de retrouver les fondamentaux de leur métier : qualité, environnement, noblesse du produit, valeur ajoutée, circuits courts, emplois… »
• « Cette première pierre marque une autre vision de l’agriculture et de l’économie rurale de moyenne montagne. »

Mots clés : FRUITIERE A COMTE