Publié le 11/08/2019 à 07:00 / Chef Rédacteur

LAIT

Début juin, le groupe Danone a officialisé avec l’association des groupements de producteurs Danone Sud-Est (OP Sud-Est) une baisse des volumes de lait collecté sur le site de Saint-Just-Chaleyssin en Isère.

L’usine Danone de Saint-Just-Chaleyssin (Isère) prévoit des cessations de contrats rémunérées pouvant atteindre les 20M de litres de lait sur les départements du Sud-Est d’ici 2020.

L'accord a été pris le 6 juin dernier. Danone et l'OP Sud-Est ont signé un accord de cessation rémunérée pour accompagner les producteurs qui le souhaitent à mettre un terme, de façon anticipée, à leur relation commerciale ou à diminuer leurs volumes de lait collecté et transformé sur le site de Saint-Just-Chaleyssin. D'après une note de communication envoyée par le collecteur privé aux producteurs engagés, entre 2014 et 2018, Danone Sud-Est a connu une baisse de volumes de - 18,8 %, soit le double des autres sites de collecte du groupe (- 9,2 %).

Une baisse maximale de 20 M de litres d'ici 2020

« En 2018, le site de Saint-Just-Chaleyssin transformait autour de 120 millions (M) de litres de lait. À ce jour, 6 M de litres de lait ont arrêté d'être collecté. Nous devrions arriver à 10 M de litres d'ici la fin de l'année et possiblement atteindre les 20 M d'ici 2020 », explique Philippe Poncet, président de l'OP Sud-Est. « Des indemnités financières sont proposées par Danone sur la base du volontariat, tient à préciser l'OP. L'arrêt ou l'ajustement des livraisons sont fixés au plus tard au 31 octobre 2019, date de la fin de notre engagement. Une surprime est proposée dans le cas d'une cessation définitive d'activité avant le 31 août », précise-t-elle. L'acceptation de l'accord de Danone par l'organisation de producteurs Sud-Est fait néanmoins réagir certains producteurs. « La décision a été prise en bureau et imposée au conseil d'administration de l'OP. Dans le Trièves, sur les sept producteurs, Danone a déjà contacté cinq personnes pour leur proposer une cessation totale de leur activité. Ce n'est pas acceptable », estime Jérôme Crozat, président de la FDSEA de l'Isère. L'OP se veut rassurante. « Nous souhaitons accompagner les fins de carrières ou les reconversions vers d'autres filières de production mais nous ne laisserons, quoi qu'il arrive, personne à la porte. Si le producteur n'a pas de solution, Danone continuera la collecte. Nous veillerons à ce que ces primes ne soient pas imposées sous la contrainte », ajoute Philippe Poncet.

Une stratégie nationale vers le végétal

Contacté, Danone affirme avoir « depuis plusieurs années une collecte de lait excédentaire due à un ralentissement de la demande pour les produits ultra-frais. Aujourd'hui, notre volume de collecte est supérieur de près de 20 % par rapport aux besoins de notre laiterie de Saint-Just-Chaleyssin », justifie-t-il. Le groupe industriel qui a vu ses ventes progresser en valeur mais reculer en volume au deuxième trimestre 2019 ne cache pas sa volonté de développer les produits d'origine végétale « qui poursuivent une croissance à deux chiffres », a confirmé la semaine dernière, à l'AFP, la directrice financière du groupe Cécile Cabanis. « La croissance dans les années à venir viendra essentiellement de ces produits dans lesquels on retrouve notamment les boissons à base de lait d'amande », a-t-elle ajouté. Interrogé sur cette nouvelle stratégie, Danone affirme qu' « aujourd'hui, investir le végétal, c'est répondre aux attentes de plus de diversité et de complémentarité des consommateurs qui sont à la recherche d'un plus grand choix d'aliments comme on peut le voir également avec la croissance de la catégorie bio ». Une décision déplorée par certains producteurs. « Ce qui peut être regretté c'est que, dans nos départements, Danone n'ait pas souhaité diversifier les productions. Nous aurions pu travailler sur le beurre ou sur le lait de consommation mais nous sommes toujours restés sur la production de yaourts et de desserts lactés », déplore une source proche du dossier. « La segmentation, non plus, n'a pas été prise en compte malgré des propositions de la part des producteurs de construire une offre de lait local Alpes Isère », souligne Jérôme Crozat. L'OP Sud-Est précise de son côté que 20 % des volumes d'arrêt seront redistribués à des projets d'installation ou à des exploitations en développement sur le bassin de collecte Sud-Est.

Alison Pelotier
Mots clés : LAIT