Publié le 18/04/2019 à 07:00 / Chef Rédacteur

ENTREPRISES

Les industriels dressent un bilan économique négatif de la situation du secteur agroalimentaire français en 2018, avec des taux de marge qui chutent. Mais la loi Egalim, loin d’être une parfaite réussite pour cette première année d’application, instaure un dialogue qui pourrait « faire bouger les choses ».

Selon les industriels de l’agroalimentaire, « la conjoncture dans le secteur est en dégradation ».

L'objectif n'est pas de pleurnicher mais de donner la réalité », assure Richard Girardot, président de l'Ania (industries agroalimentaires), lors d'une conférence de presse le 3 avril. Pour les industriels, le bilan de l'année passée est sans appel : la conjoncture est en dégradation. « De toutes les industries, l'agroalimentaire est celle qui paye le plus lourd tribut », regrette Stéphane Dahmani, directeur Économie de l'Ania. « On ferme davantage d'usines que l'on en ouvre », poursuit-il. La production comme la consommation alimentaire sont en retrait.
Les marges des industriels sont face à un « effet falaise ». Leurs taux de marges dégringolent d'environ 7 points sur les trois dernières années. En remontant jusqu'au début des années 2000, ce taux passe ainsi d'environ 46 % à 34,8 % l'année dernière. Une situation qui grève les capacités d'investissement et d'innovation des entreprises qui ne peuvent exprimer leur plein potentiel. « Il y a eu 32 % de nouveaux produits en moins mis sur le marché cette année qu'en 2017 », se désole-t-il. Pour autant, le chiffre d'affaires du secteur est en hausse de 1,5 % en 2018. « Cette valorisation du chiffre d'affaires est due à la premiumisation », explique Richard Girardot.
La montée en gamme, tout comme l'export, aurait donc permis de limiter la casse. Mais cette hausse est à relativiser. Elle reste très en deçà de la croissance de 4 % en 2017 et loin derrière les 3,1 % d'augmentation des ventes de l'industrie manufacturière française.

Les choses bougent

Dans cette première année d'application de la loi agriculture et alimentation (Egalim), dont l'objectif est de rééquilibrer les relations commerciales entre agriculteurs, industriels et distributeurs, les industriels, bien que non satisfaits des premières négociations commerciales, ne souhaitent pas pour autant enterrer la loi. « Le constat est négatif cette année mais on sent qu'il y a des choses qui bougent, confie Richard Girardot, optimiste. Il faut être indulgent. Lors de ces négociations commerciales, nous avons des accords qui ont été signés avec des engagements ». Il cite notamment le secteur de la pomme de terre où « tous les acteurs ont réussi à faire passer de l'inflation ». Une dynamique qu'il attribue également à « la volonté du ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation ». « Une certaine confiance » est même en train de s'installer avec la centrale d'achat Horizon qui regroupe Auchan et Casino grâce à une démarche de concertation par secteur, avec des rendez-vous mensuels. Des discussions s'amorceraient également avec Leclerc. « Nous sentons qu'il y a une volonté d'avancer » de la part des distributeurs, pressent-il.


A.J

L’agroalimentaire comme l’agriculture manquent d’attractivité

L’agriculture comme l’agroalimentaire se trouvent aujourd’hui confrontées au même problème d’attractivité. Pour l’une, les exploitations ont du mal à être reprises et le recrutement de salariés pour se faire remplacer est un casse-tête. Pour l’autre, le recrutement d’employés qualifiés s’avère difficile face à d’autres industries qui ont su se rendre attractives. « Nous ne sommes pas une industrie sexy. Notre problème c’est d’attirer », déplore Richard Girardot, président de l’Ania (industries agroalimentaires). Les industriels estiment à 21 000 le nombre d’emplois non pourvus dans le secteur. Pour contrer cette image, l’Ania met en place des programmes de formation et d’apprentissage sur les territoires. Elle met également en place des programmes de formation linguistique à destination des commerciaux. Car le manque de compétence en anglais affecte les capacités d’exportations des entreprises françaises qui ne sont que 2 sur 10 à exporter, alors qu’elles sont 8 sur 10 à le faire en Allemagne.
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