Publié le 13/06/2018 à 00:00 / Chef Rédacteur

MOBILISATION

Depuis dimanche soir, une quinzaine de sites pétroliers et de raffineries était bloquée par les agriculteurs en France, dont cinq sites autour de Lyon, Clermont-Ferrand et Porte-lès-Valence, à l’appel de la FNSEA et de JA pour dénoncer les nombreuses distorsions qui pèsent sur l’agriculture. Les deux syndicats agricoles ont décidé, ce mercredi 13 juin, de lever le blocage. Ils restent néanmoins mobilisés et affirment reprendre la mobilisation si les ouvertures du gouvernement ne se concrétisent pas.

Toujours déterminés, les agriculteurs lèvent les blocages

Projet de loi sur l'alimentation et les relations commerciales décevant ; multiplication des accords de libre-échange entraînant l'augmentation des importations de produits agricoles ne respectant pas les normes imposées aux producteurs européens ; surtransposition en France des normes européennes ; coût du travail élevé ; menaces sur la Pac d'après 2020, les sujets qui alimentent le mécontentement des agriculteurs sont très nombreux. « Partout en France, les agriculteurs sont mobilisés et très motivés pour dénoncer les distorsions de concurrence. Ils sont exaspérés, ils font des efforts tous les jours pour améliorer leurs pratiques, des efforts battus en brèche par des produits venus d'ailleurs », a déclaré Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, le lundi 11 juin en fin de journée. Les revendications des deux organisations syndicales FNSEA-JA concernent ainsi toutes les distorsions, qu’elles soient sociales, environnementales et économiques, dans toutes les filières.

 

En Auvergne-Rhône-Alpes, trois sites pétroliers ont été bloqués à partir de dimanche soir : le port Edouard-Herriot de Lyon, la raffinerie de Feyzin et le site pétrolier de Cournon d’Auvergne. Les deux sites lyonnais sont tenus depuis dimanche soir par une centaine d’agriculteurs qui se relaient en provenance des différents départements de la zone Rhône-Alpes. Lundi, pour contrer le redéploiement des camions vers d’autres sites pétroliers encore accessibles, les agriculteurs se sont organisés pour aller bloquer le dépôt de carburant de Portes-lès-Valence dans la Drôme et celui de Saint-Priest dans le Rhône.

En finir avec les distorsions de concurrence

« Nous avons une agriculture exceptionnelle en France avec des chefs d’entreprise motivés qui travaillent dans des exploitations à taille humaine, et pourtant, le gouvernement continue cette politique du tout libéral qui nous met en grande difficulté », insiste Michel Joux, le président de la FRSEA Auvergne-Rhône-Alpes lundi sur le site de la raffinerie de Feyzin à la sortie sud de Lyon.

Comment expliquer qu’il est possible d’importer des produits agricoles sur le territoire national qui ne respectent pas les mêmes normes environnementales que les denrées issues des champs français ? Alors que la plupart des productions des autres secteurs tels l’automobile ou les produits électroménagers sont encadrés par des normes de qualité, les denrées agricoles qui finissent dans l’assiette des Français ne doivent répondre à aucune exigence de qualité et de conditions de production ! C’est ce paradoxe que Nicolas Merle, président de JA Aura trouve inacceptable. « Le gouvernement est incohérent et ne met pas ses paroles en conformité avec ses actes. Il autorise des produits agricoles importés à entrer sur le territoire qui ne respectent pas les normes imposées aux agriculteurs français. Oui, nous sommes favorables à la montée en gamme, mais cela ne peut se faire si nous sommes concurrencés de cette manière. » Une position résumée par la présidente de la FNSEA : « Nous ne pouvons pas laisser les importations anéantir l’agriculture française ».

Pour sortir de l’ornière, Michel Joux est très clair. « Les solutions sont simples, il faut rémunérer correctement les produits agricoles que nous produisons. Cela passe par une loi ambitieuse sur les relations commerciales. Le gouvernement doit donc améliorer le texte issu des États généraux de l’alimentation au Sénat pour nous mettre en capacité d’obtenir des prix rémunérateurs. Et il faut permettre aux exploitations d’être plus compétitives par la non-surtransposition des normes européennes en droit français, la création d’une fiscalité adaptée pour gérer la volatilité des cours, la vigilance sur le coût du travail, etc. »

La mobilisation a reçu le soutien des syndicats italien, grec et espagnol : « ils nous soutiennent dans notre lutte contre ces importations distorsives qui pénalisent tous les agriculteurs européens », affirme Christiane Lambert. « Le gouvernement ne peut pas rester inerte et silencieux face à une telle mobilisation », conclut-elle. Mardi en fin d’après midi, une délégation emmenée par Jérémy Decerle (JA) et Christiane Lambert (FNSEA) a été reçue par le ministre de l’Agriculture. La rencontre n'a pas abouti. Une nouvelle rencontre était prévue dans la soirée pour tenter de trouver un accord et une sortie de crise.

Ce mercredi 13 juin, en fin de matinée, les deux centrales syndicales décidaient la suspension du blocage des raffineries. Elles restent néanmoins mobilisés et affirment reprendre la mobilisation si les ouvertures du gouvernement ne se concrétisent pas.

Camille Peyrache

 

Ambiance

À Cournon, huit départements assurent les tours de garde

21 heures, dimanche soir, les tracteurs se positionnent, et des bennes de terre sont déversées devant la grille du dépôt de carburant de Cournon, dans le Puy-de-Dôme. Les adhérents de la FNSEA et de JA 63 ouvrent le bal d’un blocus imaginé pour durer. Douze heures plus tard, toujours aucun camion n’entre ni ne sort du site. Après une soirée et une nuit très arrosée, les corps sont fourbus mais la détermination reste intacte. Tandis que la relève s’organise, avec notamment l’arrivée d’agriculteurs de Haute-Loire, autour d’un café, d’une tranche de saucisson, la météo s’invite largement dans les discussions. Rivés à leur smartphone, nombreux sont ceux qui suivent les collègues qui eux aussi sont postés devant un dépôt de carburant à Feyzin, au port Edouard-Herriot, à Donge...
En cette fin de matinée, ce qui cristallise l’agacement, ce sont les propos du ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, interrogé sur RTL. En déclarant que les blocages étaient illégaux et que la France ne lâcherait pas, entre autres sur les accords sur l’huile de palme, le ministre n’a fait que renforcer l’envie d’en découdre des agriculteurs. « Il nous provoque. On ne lâchera pas »,lance Yannick Fialip, président de la FDSEA de Haute-Loire et secrétaire général de la FRSEA Auvergne-Rhône-Alpes. Si à un moment donné, la profession agricole a pu être séduite par les discours du président Macron, aujourd’hui « force est de constater qu’il nous a fait miroiter des choses et qu’il n’en ressort rien de concret », estime Gilles Cabart, président de la FNSEA 03. Pire, sa politique verse chaque jour davantage dans l’incohérence.
Selon le Cantalien Patrick Bénézit, secrétaire général adjoint de la FNSEA et président de la FRSEA Massif central, il est grand temps de mettre le gouvernement face à ses contradictions. « On se ferait prendre, n’importe quel producteur ici présent, avec les mêmes méthodes utilisées en Indonésie, au Canada ou au Brésil, on serait immédiatement jetés en prison et les produits iraient à la destruction ». Ce sentiment de ne pas jouer à armes égales tandis que les boulets s’accumulent au pied de l’agriculture française est résumé par un slogan « n’importons pas l’agriculture que nous ne voulons pas » qui flotte comme un étendard au-dessus des grilles du site bloqué. « Céréaliers, éleveurs, arboriculteurs...nous sommes tous dans le même bateau », résume Baptiste Arnaud, président des JA 63.
Sophie Chatenet
Mots clés : JA FNSEA MOBILISATION SYNDICALE