Publié le 31/01/2018 à 00:00 / Yolande CARRON

ENSEIGNEMENT AGRICOLE

Le lycée agricole de Cibeins dispose depuis le milieu de l’année 2017 d’un nouveau bâtiment pour ses vaches laitières. L’outil a été conçu à la fois dans un souci de productivité et comme un véritable espace d’enseignement.

Un large couloir central sépare les génisses et les vaches taries (à gauche) des vaches laitières en production (à droite).

Les travaux du nouveau bâtiment vaches laitières du lycée agricole de Cibeins ont démarré au printemps 2016, après plusieurs années de réflexion, et se sont déroulés sur une année complète. « Le bâtiment existant était en très mauvais état. Les installations n'étaient plus aux normes, notamment pour la gestion des rejets, et ne répondaient plus aux exigences sanitaires, de sécurité ni d'organisation du travail. Nous avons jugé avec la Région(1) que la construction d'un nouveau bâtiment était la meilleure solution », explique Pascal Couvez, le directeur de l'établissement d'enseignement.
Implanté à proximité des anciens bâtiments de l'exploitation agricole du lycée, le nouvel édifice a été inauguré début janvier. Ses concepteurs ont pris soin de le positionner à la perpendiculaire des structures historiques et d'en reprendre la philosophie. Ils ont tenu compte des codes architecturaux qui datent des années 20, époque du célèbre architecte et urbaniste lyonnais, Tony Garnier. Que ce soit les hauteurs sous toit, l'inclinaison des pans ou la charpente, l'ensemble « s'inscrit dans l'unité architecturale de la ferme modèle », défend le directeur.
Pour la structure et l'habillage, le choix s'est porté sur le bois, avec l'exigence qu'il soit issu des forêts de la région. Le matériau de la couverture est un agglomérat de plastique et bois ; les lames sont espacées, permettant ainsi à l'air de circuler naturellement par les toits. Le bâtiment n'a donc nécessité l'installation d'aucune ventilation mécanique. « Lorsque nous avons rentré les vaches laitières l'été dernier, les températures étaient caniculaires. J'ai été agréablement surpris de sentir de la fraîcheur à l'intérieur du bâtiment », rapporte Pascal Couvez.

La nurserie où sont regroupés les veaux deux à trois semaines après leur naissance.

Productivité et pédagogie

En ce qui concerne la conception et l'aménagement intérieurs, l'une des priorités a été la productivité du travail. « Si nous voulions continuer d'avoir des éleveurs demain, il nous fallait avoir un bâtiment qui soit le plus fonctionnel possible. Nous avons fait le choix de réunir sous un même toit les génisses et les vaches laitières et de les installer de part et d'autre d'un large couloir central, ce qui nous permet de leur distribuer la ration en un seul passage. » L'installation dispose de 72 places, en logettes, et peut gérer 80 à 85 vêlages par an.
Du côté des vaches en production se trouve la salle de traite, en accès direct. Dans la partie attenante au bâtiment principal, sont installés le local du tank à lait et la nurserie. Le tank, d'une capacité de 10 000 l est collecté tous les trois jours par la coopérative Eurial. La production quotidienne avoisine les 2 500 l de lait, le volume annuel se situe entre 820 et 850 000 l. A la naissance, les veaux sont logés dans des niches, où ils restent entre deux et trois semaines, avant de rejoindre la nurserie où ils seront sevrés.
Si l'exploitation agricole du lycée de Cibeins affiche un vrai modèle économique, elle a bien entendu une vocation pédagogique. Le nouveau bâtiment vaches laitières a été pensé dans ce sens, deux salles ont été créées pour l'enseignement : l'une dédiée aux travaux pratiques, avec un accès facilité aux animaux ; l'autre pour la classe, les retours d'ateliers ou des travaux de synthèse. Les vaches sont équipées de colliers, qui permettent de collecter et d'enregistrer de multiples données techniques, sur la production laitière, la rumination, le cycle reproductif ... L'ensemble de ces informations sont traitées et exploitées dans le cadre pédagogique. « Nous avons voulu faire de ce bâtiment un outil attractif qui suscite des vocations. Notre cheptel est productif, nous mobilisons des techniques modernes, comme le génotypage, la transplantation embryonnaire, etc. Nous tenons à inscrire notre troupeau dans une filière qui cherche des gains de productivité », conclut Pascal Couvez.

Sébastien Duperay
(1) Depuis les premières lois de décentralisation, le conseil régional s'occupe de la construction, de l'entretien et du fonctionnement des lycées d'enseignement général, des lycées professionnels et des établissements d'enseignement agricole.

 

L’exploitation en chiffres

Que ce soit les hauteurs sous toit, l’inclinaison des pans ou la charpente, le nouveau bâtiment s’inscrit dans l’unité architecturale de la ferme modèle.

• 140 ha de SAU
• 60 vaches laitières, 60 génisses
• 100 brebis
• 70 ha de céréales
• 1 directeur d’exploitation et 3 salariés

 

1,7 M€

C’est le coût global du nouveau bâtiment vaches laitières du lycée agricole de Cibeins, dont 500 000 € pour la seule réfection des réseaux d’eau.

 

 

Zoom 

Salle de traite plutôt que robot

Le fond de la fosse de traite peut se relever ou s’abaisser, permettant ainsi à chaque trayeur d’adapter la hauteur de son poste à sa taille.

Lors de la conception du nouveau bâtiment, la construction d’une salle de traite a été privilégiée à l’installation d’un robot, pour trois raisons. La première : la pédagogie. Le projet a été conçu et élaboré avec des élèves et des enseignants : tous ont partagé le constat que les élèves devaient apprendre à traire. La deuxième : la valorisation du pâturage. Le bâtiment est entouré de plus de 20 ha de prairies, d’accès facile pour les vaches. « Il nous est apparu plus difficile de gérer un robot avec du pâturage, surtout avec le haut potentiel de notre troupeau », explique le directeur de Cibeins. La troisième, enfin : l’organisation du travail. Un robot peut nécessiter de se lever la nuit lorsque l’alarme sonne : ce type d’astreinte est plus difficile à gérer dans un cadre pédagogique.
La salle de traite est équipée en 2 x 8 postes, placés en épi classique, pour faciliter l’observation des vaches, avec sortie rapide. Le plus : le fond de la fosse de traite peut se relever ou s’abaisser, permettant ainsi à chaque trayeur d’adapter la hauteur de son poste à sa taille. La traite dure 45 min ; elle est assurée deux fois par jour par un à deux élèves, à tour de rôle, et un salarié de l’exploitation.
S.D.

 

 

Mots clés : BATIMENT D'ELEVAGE ENSEIGNEMENT AGRICOLE LYCEE AGRICOLE DE CIBEINS