Publié le 02/11/2017 à 00:00 / Yolande CARRON

FRACTURE NUMERIQUE

Li@in, premier réseau d’initiative publique de France, poursuit le déploiement de la fibre optique. Objectif : une couverture complète du territoire à l’horizon 2021.

Le département a pris du retard mais reste celui, hors Île-de-France, qui est le plus avancé dans le déploiement et la commercialisation de la fibre optique. En téléphonie mobile, de nombreuses zones grises subsistent dans l’Ain.

Dans l'Ain, afin d'éviter la fracture numérique, le syndicat intercommunal d'énergie et de e-communication (SIEA) a décidé dès 2005, en partenariat avec les communes du département, de déployer le réseau public fibre optique Li@in (liaison Internet de l'Ain). Véritable outil d'aménagement et de développement numérique du territoire, le réseau Li@in permet de répondre aux besoins actuels et futurs des particuliers et des professionnels. Le gouvernement a décidé le déploiement du très haut débit (THD) sur l'ensemble du territoire français d'ici à 2022. Depuis fin 2016, 50 % de la population en bénéficie, avec un an d'avance sur le calendrier prévu. Outre l'enjeu économique et social de la nouvelle économie numérique, le THD va aussi désenclaver les territoires éloignés des grandes villes. « Les premiers travaux ont débuté en 2008 avec le parti pris de déployer la fibre de manière homogène afin de lutter contre la fracture numérique. Le choix des secteurs prioritaires se fait en fonction de trois critères : ceux où le réseau de communication électronique actuel (ADSL) est de qualité médiocre, les zones d'activités économiques et les communes situées à proximité de l'infrastructure Li@in. Le réseau de l'Ain est pionnier en la matière ; c'est le premier réseau d'initiative publique de France », explique Sophie Lasausse, directrice adjointe du SIEA. De 2007 à 2016, 75 000 prises ont été installées, pour un investissement de 238 M€ (194 M€ portés par le SIEA,
26 M€ de la Région Auvergne Rhône-Alpes, 9 M€ de l'Europe, 6 M€ du Département et EPCI et 3 M€ de l'Etat au travers du FSN : fonds de solidarité numérique). « Le pays de Gex a été la zone pilote, avec la présence du Cern. Cette zone très montagneuse a notamment permis de tester tous types de déploiements. Il reste encore environ 210 000 prises à construire pour environ 360 M€. Quelque 33 000 seront installées en 2017. Dès que l'on ouvre une commune une réunion publique est organisée où l'on apporte une information complète et neutre », ajoute Sophie Lasausse.

Un signe fort de l'Etat, de la Région et du Département

Le 5 octobre dernier, des représentants du SIEA et du Département se sont rendus au siège de la mission très haut débit à Paris. « L'Etat nous a officiellement informés de l'avis positif que donnait le comité de concertation "France Très Haut Débit" (CCFTHD) à notre dossier, ce qui est un pas décisif pour la poursuite du déploiement du très haut débit dans l'Ain, pour deux raisons : la première est le montant qui est en jeu, 77 M€ ; la seconde est le témoignage de confiance que constitue cet avis positif à l'égard de notre projet. C'est un signal favorable pour nos financeurs, collectivités ou organismes bancaires », se félicite le président du SIEA, Walter Martin. Et de préciser : « Le CCFTHD a assorti son avis de recommandations tout à fait compréhensibles lorsqu'il s'agit d'un projet soutenu par des collectivités locales et qui mobilise des montants aussi importants : créer un comité de pilotage des cofinanceurs locaux (Département, Région, EPCI...) avec un rôle important dans la stratégie mise en œuvre dans le cadre du réseau fibre optique ; poursuivre nos efforts d'optimisation des dispositifs de construction et d'exploitation du réseau ; avoir une vigilance permanente sur notre endettement et notre capacité de remboursement, ce qui est bien évidemment le cas ».
Région et Département confirment également leur engagement. Lors de la session du conseil départemental le 23 octobre, son président Jean Deguerry a réaffirmé le soutien financier du Département quant à la poursuite de l'installation du réseau. En plus des 8 M€ sur lesquels il s'était déjà engagé, le département devrait ainsi ajouter 30 M€ pour ces dix prochaines années. La Région Auvergne Rhône-Alpes devrait aligner ses subventions, ajoutant 38 M€ supplémentaires au budget global.
Walter Martin se veut confiant en l'avenir : « à l'issue des nombreuses rencontres que j'effectue auprès des partenaires (collectivités, fournisseurs, opérateurs, instances du numérique...), je considère que les signaux sont favorables même si le travail restant à réaliser est immense pour offrir le très haut débit à tous les habitants de l'Ain. Dans une France qui construit des métropoles, il faut que les élus des territoires ruraux aient l'objectif d'apporter à leurs concitoyens les services indispensables et légitimes auxquels ils ont droit. Le très haut débit est l'un de ces services et c'est dans cet état d'esprit que j'exerce ma présidence du SIEA ».

Patricia Flochon

ZOOM

 

 Le Réseau Li@in en chiffres (octobre 2017)

29 800 abonnés en service FTTH dont 1 400 professionnels (FTTH est l'acronyme anglais de Fibrer To The Home que l'on peut traduire en français par « fibre jusqu'au domicile »)
198 communes desservies partiellement ou totalement
3 500 km de fibre déployés
143 zones d’activités ouvertes au THD
30 opérateurs partenaires dont deux nationaux (sept dédiés aux particuliers et 27 aux professionnels)
Le projet Li@in concerne l’ensemble du territoire départemental hormis douze communes de Communauté d’Agglomération de Bourg, St Laurent-sur-Saône, Ambérieu-en-Bugey et Oyonnax qui seront déployées par l’opérateur Orange.
Objectifs d’ici 2021
393 communes fibrées
265 000 logements et bâtiments professionnels raccordés
8 500 km de fibre déployés

 

 

 

INTERVIEW

Le département a pris du retard mais avance

Aujourd'hui connectée, la profession agricole a besoin de services de téléphonie mobile fiables et d'un accès garanti au haut débit. Le point avec Jean-Yves Flochon, vice-président du Département à l'agriculture, sur les priorités dans l'Ain.

Jean-Yves Flochon, vice-président du Département à l’agriculture

L’Ain a été le premier réseau d’initiative publique (RIP) pour le déploiement de la fibre optique sur son territoire. Pour autant, le département a pris du retard et le chantier reste encore très important. Pourquoi cette situation ? 

Jean-Yves Flochon : « Il est vrai que nous avons été précurseurs, même si d’autres départements ont emboité le pas. Le RIP, initié il y a dix ans par le SIEA (ci-contre), vise une couverture globale de la zone d’initiative publique au 31 décembre 2021. L’ambition de départ était d’opérer sur tout le département, y compris et en particulier les communes rurales qui étaient les moins bien desservies en accès Internet. Le SIEA a déjà réalisé des travaux conséquents, avec un engagement financier fort, même si la montée en charge de la clientèle a moins suivi. Le montant des investissements sur les zones desservies a pénalisé le syndicat. A cela s’est ajoutée une modification des règles du jeu. Il y a trois ans, l’Etat a attribué à l’opérateur Orange, le déploiement des zones d’initiatives privées (lire encadré « Li@ian en chiffres »). Orange a contraint le SIEA à réaliser des investissements coûteux (plus de 50 M€) pour la mise à niveau des réseaux. Ce qui a freiné les investissements de desserte et retardé d’autant l’accès potentiel des clients à la fibre. Le département a pris du retard mais reste celui, hors Île-de-France, qui est le plus avancé dans le déploiement et la commercialisation de la fibre optique. »

Quelles sont aujourd’hui les priorités ?

J-Y.F. : « Les programmes de déploiement du FTTH(1) sont définis lors des réunions annuelles du comité de pilotage du SDTAN(2) et selon les capacités d’investissements du SIEA. Nous nous sommes positionnés sur une desserte prioritaire des zones d’activités économiques. Nous nous appuyons pour cela sur les communautés de communes pour identifier ces zones et conjuguer nos efforts. Le redéploiement a repris mais le besoin de financement reste important sur les prochaines années. Et nous comptons sur l’engagement de l’Etat et de la Région pour avancer(3). Le président du Département, Jean Deguerry, et son prédécesseur, Damien Abad, soutiennent le président du SIEA, Walter Martin, dans son action.»

A l’ère de la connectivité, de nombreuses zones de l’Ain souffrent d’une mauvaise couverture en téléphonie mobile. Quelles sont là aussi les priorités du Département ?

J-Y.F. : « Je dois d’abord dire qu’il y a là un mensonge de l’Etat en ce qui concerne les zones blanches. L’État a lancé en 2016 un appel à projets pour intervenir sur 800 sites stratégiques. Le Département a déposé un dossier conséquent pour quinze sites, correspondant à des zones économiques et touristiques ne bénéficiant pas d’une couverture optimale. La moitié de ces sites est en Dombes, l’autre moitié en montagne. Sur les quinze, seuls sept ont été retenus par l’Etat, ceux situés en montagne. Pour autant, tous étaient prioritaires ! Le Département, qui est appuyé par la Région sur ce dossier, va bénéficier de financements de l’Etat pour installer des relais sur les sites du Grand Colombier sur Lyand ; du domaine skiable du Retord ; de l’établissement des abattoirs Gesler ; de la Borne au Lion et du centre de vacances La Fauconnière à Giron ; du hameau de Fay ; du sentier de randonnée GR9 à Chanay et du domaine skiable de la Praille. Ces installations seront opérationnelles avant fin 2018. »

Une seule commune de l’Ain, Colomieu, est considérée comme étant en zone blanche selon l’Arcep(4). L’on sait pourtant très bien que cette définition est inadaptée au vu des usages et besoins actuels des populations.

J-Y.F. : « L’Etat refuse de voir la vérité et considère qu’il n’y a pas de problème de zones blanches. Il oublie qu’il y aussi les zones grises. Depuis le début de l’année, les élus locaux peuvent faire remonter leurs problèmes de couverture de téléphonie sur la plateforme France mobile. A ce jour, plus de 80 « tickets » ont été déposés par les élus de l’Ain et une quinzaine ont été identifiés comme prioritaires et remontés au niveau national. Les hameaux de
Heyriat et Napt sur la commune de Sonthonnax-la-Montagne ont été reconnus comme zone blanche et devraient bénéficier de subventions de l’Etat pour l’amélioration de leur couverture. Selon les mesures de septembre de l’Arcep, des secteurs de mauvaise couverture 2G subsistent dans l’Ain, dans les zones rurales et de montagne. Nous sommes conscients que le monde agricole est particulièrement touché par ces problèmes, car la plupart de ces zones grises persistent dans ces territoires à faible densité de population. En 3G, des poches mal couvertes existent encore en Dombes, sur le Haut-Bugey et le plateau d’Hauteville. En 4G, ce sont ces mêmes secteurs qui sont mal desservis, sur un périmètre encore plus large, ainsi qu’une zone entre Ambérieu-en-Bugey et Belley et à la limite du Jura. Le Département contribue au déploiement des infrastructures de fibre optique et de téléphonie mobile. Il veut créer les conditions pour permettre le développement de nouveaux usages et outils pour maitriser les données en élevage et en agriculture. »

Propos recueillis par Sébastien Duperay
Avec les informations de la direction du développement des territoires
(1) Fiber To The Home = fibre jusqu’au domicile.
(2) Schéma directeur territorial d’aménagement numérique.
(3) Deux réunions ont eu lieu en octobre (lire également par ailleurs), à l’issue desquelles les crédits nécessaires ont été confirmés pour le développement rapide du HD et du THD dans l’Ain : 77 M€ de l’Etat ; 38 M€ de la Région Auvergne-Rhône-Alpes ; 38 M€ du Département (3 M€ par an sur dix ans + 6 M€ déjà engagés + 2 M€ pour la fibre).
(4) L’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes) définit une commune en zone blanche, lorsque : « aucune couverture en 2G (voix et SMS seulement) n’est assurée par les quatre opérateurs en extérieur sur le parvis de la mairie de la commune ».
Mots clés : NUMERIQUE FIBRE OPTIQUE HAUT DEBIT TELEPHONIE MOBILE
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