Publié le 13/10/2017 à 00:00 / Yolande CARRON

PLANTES INVASIVES

La Jussie présente un risque élevé pour le maintien de la biodiversité dans les milieux naturels aquatiques ou humides mais aussi pour certaines activités économiques comme la pisciculture. Dans l’Ain, la lutte se poursuit !

Une plante à la vitesse de croissance impressionnante : jusqu’à 2 cm par jour !

Dans l'Ain, la première colonisation d'un étang par la Jussie remonte à 1995. Dès 2008, la lutte s'organise progressivement. Suite aux expériences acquises dans d'autres zones humides déjà colonisées, l'Etat, les collectivités locales et les gestionnaires des milieux aquatiques de l'Ain décident d'élaborer un programme départemental de gestion des Jussies, dont la mise en place est confiée en 2012 au syndicat mixte Veyle Vivante. Un an plus tard, la Fredon 01 (antenne départementale de la fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles) en devient le maître d'œuvre, soutenue à hauteur de 50 000 € par an par le conseil départemental. « Les résultats les plus probants ont été observés sur les étangs les moins infestés. Par contre il reste très difficile de lutter efficacement sur un site qui comporte une infestation significative », explique Léa Berthelier, technicienne de la Fredon.
Aujourd'hui le département compte 39 sites connus où la Jussie s'est implantée. Les sites les plus problématiques se situent aux alentours de Condeissiat, Chalamont, Sainte-Olive et Saint-Paul-de-Varax. Trois campagnes d'arrachage sont organisées par an (mai/juin, fin juillet, et fin septembre). La plante est stockée en big-bags, acheminés par l'entreprise Ainter'Services à la déchèterie d'Organom, sur le site de la Tienne à Viriat, pour incinération. « Ces chantiers représentent un coût élevé et des contraintes humaines. C'est pourquoi l'enjeu principal concerne désormais l'accompagnement des propriétaires d'étang en prônant la mise en œuvre d'assec lorsque c'est possible. Aujourd'hui l'assec est le seul moyen pour freiner l'implantation de cette plante et même l'envahissement total d'un plan d'eau fortement infesté », ajoute Léa Berthelier.

 

ean-Yves Flochon, vice-président du conseil départemental, réaffirme le soutien du département en matière de lutte ; à ses côtés, Gérard Raphanel, président de la Fredon 01.

Enjeux multiples

Les objectifs du plan de gestion départemental de la Jussie sont multiples : poursuivre le recensement des sites infestés, réduire le développement de la plante sur les sites déjà colonisés et empêcher sa dispersion sur d'autres secteurs, préserver la qualité physico-chimique des étangs et des rivières, maintenir les usages (pisciculture, chasse, loisirs) et la biodiversité. Le département (maître d'ouvrage) se charge d'assurer le contrôle et le pilotage du plan de gestion dans le cadre du plan nature 2016-2021.
Lors des chantiers, coordonnés par la Fredon 01, un arrachage manuel méthodique est opéré, à partir de la berge ou d'une embarcation, en prenant soin d'éliminer l'ensemble des boutures et rhizomes. Une réflexion est en cours avec la fédération départementale des Cuma pour un arrachage mécanique au moyen d'engins de chantier (pelleteuse à godet ou à griffes).
« Nous arrivons pour l'instant à contenir la plante, mais nous n'arrivons pas à la maîtriser à 100 %. D'où l'importance de sensibiliser le public », ajoute Gérard Raphanel, président de la Fredon 01. Rappelons qu'un arrêté du 2 mai 2007 interdit sur l'ensemble du territoire la mise en vente de la Jussie, l'utilisation ainsi que l'introduction dans le milieu naturel de ces plantes qui à l'origine étaient utilisées principalement comme plantes d'ornement dans les aquariums ou bassins.

Patricia Flochon

 

A SAVOIR 

Un envahisseur à ne pas sous-estimer

Facilement reconnaissables à leurs fleurs jaunes, les Jussies sont pourvues de longues tiges facilitant leur ancrage en berges et en fond de plans d’eau. Dans les milieux favorables, elles peuvent s’installer jusqu’à deux ou trois mètres de profondeur avec des tiges florifères émergeantes jusqu’à 50 ou 80 centimètres.
La Jussie affectionne principalement les milieux stagnants ou à faible courant: étangs, mares, canaux, faciès d’eau stagnante des cours d’eau, etc. Si l’eutrophisation favorise sa croissance, elle peut également croître dans des eaux de bonne qualité biologique. Son mode de dispersion est essentiellement (sinon exclusivement) végétatif. Chaque fragment de tige comportant un nœud peut se bouturer et former très rapidement un nouveau plan. Sa vitesse de croissance est impressionnante (jusqu’à 2 cm par jour) et la biomasse des herbiers est en moyenne de 2 kg de matière sèche par mètre carré. La plante se développe à partir des rives, s’implantant au ras de l’eau. Elle s’étend ensuite en radeau et s’enracine ultérieurement dans les sédiments. Elle peut également s’implanter sur les terres inondées à partir des berges. Les enjeux sont importants pour la biodiversité et les activités humaines. Lorsque la Jussie envahit un site, captant à son seul profit toute la lumière, elle en consomme les ressources et interdit par sa densité subaquatique tout déplacement des petits organismes ; au point d’éliminer totalement toute autre espèce de flore et une grande partie de la faune. Pisciculture, chasse, pêche… sont fortement remises en cause.
les Jussies sont pourvues de longues tiges facilitant leur ancrage en berges et en fond de plans d’eau.
(Source : FDGDON de l’Ain ).
Contact : Léa Berthelier, 04 74 45 56 56 – fdgdon01@ma01.fr
P.F.
Mots clés : PLANTES INVASIVES ENVIRONNEMENT JUSSIE
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