Publié le 08/11/2017 à 00:00 / Yolande CARRON

FDSEA DE L’AIN

Une semaine après la conférence agricole, le conseil d’administration de la FDSEA s’est réuni pour débattre de nombreux sujets d’actualité. L’après-midi, Patrick Bénézit, secrétaire général adjoint de la FNSEA, intervenait sur les premières mesures des Etats généraux de l’alimentation.

Le nouveau président de la FDSEA, Adrien Bourlez (à droite), aux côtés de ses deux secrétaires généraux : Sandie Marthoud et Gilles Brenon.

Les membres du conseil d'administration de la FDSEA de l'Ain étaient réunis le 3 novembre, une semaine après la conférence agricole départementale, organisée à Groissiat (lire notre édition du 2 novembre). Le nouveau président Adrien Bourlez s'est félicité des engagements pris par le conseil départemental sur plusieurs dossiers portés le syndicat majoritaire, plus particulièrement le projet d'assurance collective et la création d'un service de remplacement départemental. La FDSEA ambitionne sur ce dernier point d'aller encore plus loin, et de proposer à terme, en partenariat avec les organisations professionnelles agricoles, un service dédié à l'emploi en agriculture. « Les fermes sont devenues des sociétés où la main-d'œuvre familiale n'est plus présente, où les exploitations ont besoin de recourir à l'emploi salarié, mais n'en ont pas les moyens. Le rôle de la FDSEA est de trouver des solutions pour répondre à ces besoins », a argumenté le président. Et de poursuivre : « en 2015, la MSA a alloué 244 000 € dans l'Ain pour les congés maternité et paternité. Pour répondre aux événements heureux et parfois moins heureux des exploitants, nous avons besoin de structurer nos services, afin notamment de susciter la demande ».
Après un satisfecit de courte durée, les préoccupations professionnelles ont rapidement pris le dessus. Jérôme Martin (canton d'Ambérieu Lagnieu) a pointé du doigt l'incapacité de la profession à répondre aux attaques dont elle est victime sur les deux sujets brûlants que sont le glyphosate et le bien-être animal.
« Nous ne sommes pas assez proactifs mais nous n'avons pas non plus suffisamment d'informations pour nous défendre sur ces questions », a lancé Adrien Bourlez. « La communication est primordiale, mais on ne sait pas faire », constate la secrétaire générale Sandie Marthoud. « La FNSEA communique », a rassuré le vice-président Michel Joux, tout en admettant que « le filtre médiatique décide à l'avance de l'information qu'il va sortir ».

Des perspectives avec la contractualisation

Le contexte laitier a bien entendu été abordé. Pascal Blanc (canton de Chatillon-sur-Chalaronne), a récemment rencontré, avec d'autres membres de la section laitière et des JA, des représentants de la coopérative Bressor (lire nos « Questions à Jérôme Bobillet » dans notre édition du 2 novembre). Il en ressort peu de perspectives, tant au niveau du prix du lait que du développement des volumes. « Les seules perspectives que nous aurons, ce sera avec la contractualisation », a lancé Georges Michelard, secrétaire adjoint de la FDSEA. Michel Joux a, pour sa part, insisté sur l'urgence de travailler avec la coopération pour avancer sur « la contractualisation au coût de revient incluant la rémunération du producteur ».
Côté production allaitante, la tournée régionale de la fédération nationale bovine a permis d'aborder plusieurs sujets d'actualité : Mercosur, Ceta et démarche Eleveur et engagé. « Malgré le travail de la FNB sur les cotations, nous ne parvenons pas à passer la barre des 4 €. Le Cœur de gamme (ou Eleveur et engagé, NDLR) représente aujourd'hui 5500 animaux chaque mois, mais ceux-ci ne sont pas pris en compte dans les cotations, donc on ne peut pas faire augmenter ces dernières », a déploré Jean-Pierre Lethenet, trésorier adjoint.

Un 6e programme Nitrates

Autre sujet de préoccupation majeur : les contraintes environnementales. Le second secrétaire général, Gilles Brenon, a participé à la commission technique régionale sur le 6e programme de la directive Nitrates, alors que « nous n'avons jamais eu de bilan du 5e programme », a-t-il rappelé. « Aujourd'hui, nous sommes focalisés sur les nitrates d'origine agricole. Alors qu'il y a aussi le problème des boues des stations d'épuration », a-t-il ajouté. Les règles du 6e programme sont en cours d'harmonisation entre l'Auvergne et Rhône-Alpes, sur le nouveau périmètre. Elles devraient finalement être moins sévères pour les départements de notre ancienne région.
Concernant la nouvelle cartographie des zones vulnérables dans l'Ain, Gilles Brenon a rappelé l'intérêt pour les exploitations concernées d'avoir rempli une déclaration d'intention (avant le 30 juin 2017, NDLR), leur permettant de déroger aux obligations règlementaires jusqu'au 1er octobre 2018. Sur les quelque 300 exploitations concernées par des mises aux normes, seules 170 ont rempli une déclaration d'intention et seulement une vingtaine ont réalisé un diagnostic des travaux à réaliser.
Les échanges se sont également arrêtés sur l'application de la loi de compensation agricole. Cette dernière
permet l'obtention d'indemnités compensatoires lorsqu'une terre agricole change de destination. « Le rôle de la FDSEA est d'appliquer la compensation agricole à chaque projet foncier. La captation des fonds peut nous permettre d'accompagner par la suite des projets agricoles », a résumé Adrien Bourlez.

Sébastien Duperay

 

INTERVENTION

Patrick Bénézit, secrétaire général adjoint de la FNSEA, en charge du dossier des Etats généraux de l’alimentation, s’est longuement exprimé vendredi sur les propositions et solutions attendues pour garantir à long terme un revenu aux agriculteurs.
Patrick Bénézit, éleveur bovin dans le Cantal, référent national de la FNSEA pour les Etats généraux.

« Le prix, c’est ce qui détermine l’avenir des paysans ! »

« Nous avons organisé cette réunion avant tout pour faire le point sur les Etats généraux de l’alimentation. Ces Etats généraux sont la résultante des acquis syndicaux », soulignait en préambule Adrien Bourlez, président de la FDSEA. « Le premier axe, sur le prix, nous convient. Les annonces du président de la République le 11 octobre à Paris sont positives en termes d’affichage mais que peut-on en espérer de manière concrète ? Quel regard porte la FNSEA sur ces questions ? ». Et Gaëtan Richard, président des JA d’ajouter : « nos adhérents se posent beaucoup de questions quant à la prise en compte des coûts de production dans la construction du prix. Comment arriver à ramener du prix sur nos exploitations et quels liens peut-on développer au niveau national pour établir une stratégie commune ? ».
Des propositions concrètes
« Aux Etats généraux, nous avons fait des propositions très concrètes pour garantir un revenu aux paysans. Nous ne sommes pas au bout du combat, mais avec les premières propositions d’Emmanuel Macron relatives au prix on est dans de meilleures dispositions… », explique Patrick Bénézit. Et le secrétaire adjoint de la FNSEA d’énumérer les leviers d’action proposés : la condamnation des prix abusivement bas (« on souhaite que ce soit écrit dans une loi » martèle-t-il), des clauses de renégociation automatiques dans les contrats, l’introduction dans toute la chaîne contractuelle des coûts de production et des coûts de revient avec des références de l’observatoire des prix et des marges et enfin, l’arrêt de la guerre des prix et notamment l’encadrement des promotions. Autre point cher à Patrick Bénézit : le droit de la concurrence au niveau européen. Il s’explique : « nous avons et nous continuerons à demander à ce qu’il y ait une vraie exception agricole au niveau du droit de la concurrence, avec des mini accords possibles. L’étau européen s’est desserré un peu, mais pas suffisamment ! ».
A quand le bout du tunnel ?
Dans la salle, les réactions ne se font pas attendre. « Le désarroi des agriculteurs dans nos campagnes est vif. Quel message peut-on leur transmettre ? », interroge Jonathan Janichon, président de la section bovine de la FDSEA. Selon Patrick Bénézit, « il est clair que le combat du prix ne sera pas gagné du jour au lendemain. Il faut leur dire qu’ils ne lâchent pas ! Le prix, c’est ce qui fait que demain nous aurons encore des paysans ou pas. Avec des opérations comme « Cœur de gamme » ou « C’est qui le patron » on a vu que c’était possible au niveau de la grande distribution. Il faut surfer sur la communication positive enclenchée par les GMS, sur une image positive du métier d’agriculteur ».
Et Gilles Lassus, président de l’Afivol (association régionale de la filière volailles) d’attirer l’attention sur la nécessité « que la FNSEA soit extrêmement vigilante sur l’étiquetage ». Pour Patrick Bénézit, c’est une évidence : « l’étiquetage fait partie d’un chantier spécifique aux Etats généraux car nous considérons que c’est un sujet essentiel. Autre sujet majeur : on ne peut pas accepter qu’un gouvernement ou l’Europe signe des accords avec des pays dits « civilisés » qui utilisent des substances interdites. Le Canada par exemple utilise 46 d’entre elles dont des pesticides interdits depuis dix ou vingt ans en France, des antibiotiques, des farines de viande… et personne n’en parle. Il faut continuer à se mobiliser pour que cela cesse ». Enfin, Michel Pivard, président des organisations d’élevage, touchait vendredi un point sensible : « l’un des problèmes essentiels est la répartition de la valeur ajoutée dans les filières, or nous sommes dans un monde avec des intouchables, aussi bien des industriels que des grosses coopératives. Il va falloir remettre de la transparence dans tout ça ». Patrick Bénézit acquiesce :  « la coopération ne peut pas être exonérée de ces débats. Il est essentiel que l’ensemble des acteurs partagent le même discours ».

Patricia Flochon

 

Mots clés : FNSEA ETATS GENERAUX DE L'ALIMENTATION FDSEA DE L'AIN PATRICK BENEZIT
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